En Mauritanie, une femme en lutte contre toutes les injustices

La militante Aminetou Mint Al-Moctar pourfend le racisme, l’islamisme et le sexisme qui minent la société mauritanienne.

Aminetou Mint El Moctar est présidente de l’Association des femmes chefs de famille en Mauritanie.
Aminetou Mint El Moctar est présidente de l’Association des femmes chefs de famille en Mauritanie. Crédits : Aminetou Mint el-Moctar / Facebook

Aminetou Mint Al-Moctar est une guerrière, et pas parce que l’군대 de son pays – la 모리타니 – participe, au même 이름 que ses voisins, à la lutte contre le terrorisme au Sahel. Elle se bat sur d’autres fronts, plusieurs à la fois, contre les multiples injustices et inégalités qui minent la société mauritanienne : les ravages passés et présents de l’esclavagisme, le racisme, le radicalisme religieux, les droits des femmes, qu’elle défend à la tête de l’Association des femmes chefs de 가족 (AFCF)…

Aminetou Mint Al-Moctar porte le fer dans les plaies de ce pays de 4 millions d’habitants éparpillés sur un territoire deux fois grand comme la 프랑스. Quitte à 회전 ses armes – les mots, l’action sociale – contre les siens, ceux-là mêmes dont le métier des armes assure toujours le prestige : les Beidane, élite parmi l’élite au sein de la communauté maure qui contrôle le pays.

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Dans cette société plombée par les conservatismes en tous genres, le destin d’Aminetou Mint Al-Moctar aurait dû 따라 une voie bien différente. Le teint clair de son visage, rehaussé d’un grand 베일 qui vole au vent chaud du désert, trahit ses origines. « Née Aminetou Ely, je suis issue d’une grande famille de la noblesse maure qui a toujours profité des inégalités de la société mauritanienne, sans jamais les 비난. J’aurais pu 계속 ainsi », avoue-t-elle. Les siens tiennent fermement entre leurs mains les principaux leviers de l’administration, de la 정책, de l’ée et de l’économie.

La jeune Aminetou aurait pu 선택 la facilité. Un bon mariage arrangé et des études qui, grâce à la puissance des réseaux familiaux, l’auraient directement conduite à des postes à responsabilité, ou du moins à ceux qu’une société « marquée par le patriarcat concède aux femmes », précise-t-elle – autrement dit, des seconds rôles. S’ajoute aujourd’hui un nouvel élément : « la montée de l’islamisme ». 기념품 d’enfance lui revient, pas si anecdotique. « Petite, j’étais un garçon manqué, je portais des shorts et je jouais au 축구. C’est inconcevable aujourd’hui pour une petite fille. »

Proposée pour le 노벨상 de la paix

에이 생각 que le sang guerrier de ses aïeuls coule dans ses veines, Aminetou Mint Al-Moctar, âgée aujourd’hui de 60 ans, a commencé à se 박자 dès son plus jeune âge. Contre sa famille, tout d’abord, qui la considère aujourd’hui comme « une traîtresse ». Celle qui est née et a grandi à Nouakchott raconte que dès l’âge de 12 ans, elle fraye avec les milieux marxistes. Dans les années 1970, dix ans après la vague de décolonisation et en pleine guerre froide, ceux-ci luttent, en Mauritanie comme ailleurs en 아프리카개선 les conditions de vie des plus pauvres. « Les travailleurs, les agriculteurs, les esclaves, les femmes… », énumère celle qui fut proposée en 2015 pour le prix Nobel de la paix.

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Adolescente, elle est plusieurs fois arrêtée par la 경찰. Battue, torturée par les services de sécurité, elle est enchaînée par son père à son retour chez elle. Elle subit les foudres familiales quand elle prend fait et cause pour les esclaves attachés à sa famille. Elle les incite à s’enfuir. A 15 ans, elle choisit de se marier à un journaliste ami de ses parents pour 탈출 au carcan familial. « Mon mari était issu d’une famille de marabouts, moi d’une tribu guerrière. C’était très mal vu à l’époque. J’ai accepté le mariage. »

Leur union durera neuf ans mais ne résistera pas à l’engagement 정책 de cette femme précoce et décidément turbulente. Elle est exclue de l’école et passe dans la clandestinité. Se cache à la campagne chez des Haratines, cette communauté marquée socialement au fer rouge par son ascendance d’esclaves. Quelques années plus tard, elle se remarie à un banquier. Nouvel échec. « Il m’a demandé de choisir entre lui et mes convictions », confie-t-elle. On imagine sa réponse.

Elle enchaîne alors les petits boulots : vendeuse de cigarettes, standardiste, assistante sociale, puis suit une 형성 de comptable au 모로코, pour finalement se 발견 chef de 계획 dans un programme d’보좌관 financé par les Qataris. Elle participe alors à l’alphabétisation de centaines de Haratines, puis finit par 생성 un syndicat. Elle est licenciée.

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La Mauritanie est alors en ébullition. Les tensions avec le 세네갈 voisin débouchent sur des violences meurtrières. De 1989 à 1991, des dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens sont contraints à l’exil. Qui peut 이야기, même aujourd’hui, combien ont été exécutés sommairement et combien ont été déportés dans des camps d’où ils ne sont jamais revenus ? Aminetou Mint Al-Moctar épouse cette nouvelle cause qui, accessoirement, portera un coup de grâce à son troisième mariage.

Elle crée alors le premier comité mauritanien de solidarité avec les victimes de cette répression qui a tout d’une campagne d’épuration. Les hommes changent à la tête du , pas le régime, qui jamais ne reconnaîtra sa responsabilité dans ce drame, ces milliers de morts dissimulés derrière l’expression désincarnée mais consacrée à Nouakchott : « passif humanitaire ». Un quart de siècle plus tard, le dossier est loin d’être clos et les Négro-Mauritaniens continuent de se sentir des citoyens de seconde zone.

Visée par une fatwa

En un matin ensoleillé de décembre, le garde du corps d’Aminetou Mint Al-Moctar patiente sous les arbres fleuris qui ombragent la terrasse d’une chambre d’hôtes proche des locaux de son association. La guerre n’est pas un jeu, Aminetou Mint Al-Moctar le sait. Elle ne se déplace plus sans protection depuis qu’en 2014 une fatwa a été lancée contre elle. « Quiconque la tuera ou lui arrachera les deux yeux sera récompensé par Allah », avait alors promis Yadhih Ould Dahi, imam d’un courant islamiste radical mauritanien dénommé Ahbab Errassoul (« les amis du prophète »).

La défenseure des droits de l’homme s’était alors attiré les foudres radicales pour 있다 été l’une des rares voix, avec l’avocate Fatimata Mbaye, à 소요 publiquement la 방어 de Cheikh Ould Mohamed Ould Mkhaïtir. Ce jeune blogueur issu de la basse caste des forgerons venait d’être condamné à mort pour apostasie. En octobre 2017, sa peine ramenée par un tribunal d’appel à deux ans de prison, il a été libéré. Mais son cas continue d’enflammer les islamistes, nombreux dans le pays et donc courtisés par les politiciens.

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Mi-novembre, le gouvernement a d’ailleurs adopté un projet de loi durcissant la législation contre les auteurs d’apostasie et de blasphèmes, qui seront désormais passibles de la peine de mort, sans 있다 compte d’un éventuel repentir. « L’un des problèmes est la formation des juges, explique Aminetou Mint Al-Moctar. La plupart d’entre eux sortent des mahadra [les écoles coraniques] et sont fils de marabouts. Ils ont une vision très traditionaliste et conservatrice de la société. » Exactement ce contre quoi Aminetou la guerrière se bat depuis son plus jeune âge, au péril de sa vie.

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